La clé de l’unité

Anafora, 2 octobre 2021. Les premiers chrétiens étaient placés devant un choix difficile. Quel aspect de la vie du Christ faut-il mettre en évidence alors qu’ils vivaient des tensions et des divisions dans les communautés qu’ils avaient fondées.

Faut-il mettre l'accent sur le Christ qui fait des miracles et guérit, ou sur le Christ maître de sagesse ? Faut-il mettre la priorité sur l'enseignement éthique du Sermon sur la montagne ? 

Tous ces aspects sont importants, mais ils sont universels : le Christ n’est pas le seul à faire des miracles, ni à délivrer un enseignement de sagesse, ni à proposer une éthique.

Le cœur, la centralité de la foi chrétienne, c'est la Croix et la Résurrection du Christ, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont sauvés, elle est la puissance même de Dieu – le miracle des miracles - l'expression même de la sagesse de Dieu et le secret de l’unité de la communauté chrétienne. 

C’est au 20e siècle, où émerge le mouvement œcuménique, que le lien entre la croix et l’unité de l’Église a été souligné.

Déjà lors de la Conférence œcuménique mondiale, à Stockholm en 1925, l’idée avait été clairement exprimée que « plus nous nous rapprocherons de la croix du Christ, plus nous nous rapprocherons les uns des autres ».

La cinquième conférence de Foi et Constitution en 1993 - consacrée à la communion (Koinonia) - a particulièrement développé ce thème. Elle voit dans le crucifié-ressuscité « le paradigme ou le modèle de la réconciliation qui mène à la koinonia ».

Jésus crucifié ne réalise pas l'unité de l'humanité par le haut, mais par le bas, en servant dans l’humilité. Il laisse la place à l'autre et ouvre au dialogue.

C'est ce Dieu que l'humanité attend aujourd’hui.

Voyons maintenant quelques textes de Saint Paul !

Une communauté divisée

A la communauté de Corinthe divisée, le message de Paul est « Jésus crucifié » avec lequel il est en profonde communion, au point que toute sa personne est imprégnée de son humilité. 

Divisée, la communauté de Corinthe l’est en effet. Et même profondément. En son sein des clans s’opposent. Les uns se réclament de Paul, d’autres d’Apollos (I Cor 3,4). Des inimitiés se font jour entre des membres à tel point que des procès sont intentés (6,1-11).

Des affaires de mœurs secouent l’Église (5,1ss). Quelques membres continuent à participer à des rituels de leur ancienne religion (10,14ss).

Les riches ne prennent pas soin des pauvres. Ces derniers sont discriminés pendant le repas du Seigneur (11,17-22). Certains pensent que les morts ne ressuscitent pas et rejettent la résurrection du Christ (15,35ss)

Jésus crucifié, la clé

Voyons maintenant comment Paul s’y est pris pour appeler les Corinthiens à surmonter leurs divisions ! Il leur dit une seule chose qu’il explicitera de multiples manières :

« J’ai jugé bon, parmi vous, de ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ – Jésus-Christ crucifié » (I Cor 2,2)

Jésus crucifié : voilà la clé de l’unité pour l’apôtre ! Mais qu’entend-il par ces deux mots ? Et pourquoi n’a-t-il rien voulu savoir d’autre que Jésus crucifié parmi cette communauté ?

Pour Paul, la croix n’est pas seulement ce terrible moment où Jésus est suspendu à un bois à Jérusalem. L’ombre de la croix frôle toute la vie et le ministère de Jésus. Elle est le symbole de l’humilité avec laquelle Jésus a tout vécu.

La clé de l’unité, c’est…
vivre l’humilité de Jésus qui est la caractéristique de son amour.
cet amour est « le chemin supérieur à tout », (12,31)
cet amour, il faut le demander à l’Esprit saint de le verser dans nos cœurs,
cet amour est plus grand et désirable que les dons charismatiques les plus excellents,
cet amour est la promesse des temps messianiques.

Paul en était convaincu : la mort n’a pas pu retenir Jésus crucifié. Dieu l’a ressuscité et désormais le Ressuscité est à jamais vivant parmi nous.

Sa volonté est d’infuser dans notre cœur son humilité. Il nous donne son Esprit pour faire de nous des ouvriers de vérité et de justice. Le fruit de son œuvre dans nos vies est la paix et l’unité dans la communauté.

Cet appel de Paul est d’une actualité permanente : seul le regard vers Jésus crucifié et ressuscité peut apporter un peu de vérité au milieu de la confusion et un peu de paix dans un monde où l’on ne cesse de s’accuser les uns les autres.

Comme elle est le signe du Christ, l’humilité est la marque des chrétiens. En la vivant, ils permettent la fragile présence du Ressuscité au milieu d’eux. (Mt. 18,20s). Pour se mettre à notre table Jésus, se tient à la porte, il ne force pas notre liberté. C’est notre humilité qui lui ouvre la porte. C’est elle qui l’attire. 

Il cherche en nous ce qui le caractérise. L’humilité unit et contient le Ressuscité. Mais l’orgueil divise et lui ferme la porte. Quand le Ressuscité est présent au milieu de nous, il y a de l’espérance pour l’Église. C’est lui qui la renouvelle, l’éclaire, la guérit, la réconcilie, la fait rayonner et attire à lui une multitude. 

C’est lui seul, le Ressuscité crucifié au milieu de nous qui rend son Église une, sainte, catholique et apostolique quand nous vivons et partageons son humilité. 

Martin Hoegger – www.hoegger.org