Résurrection - Anafora

Je propose dans ce bref enseignement sur le sens de la résurrection de commenter le récit de la résurrection de Jésus dans l’Évangile de Matthieu (28,1-10). 

Anticipation des derniers temps (28.2-3)

J’aimerais commencer en soulignant l’importance symbolique du « tremblement de terre ». A la mort de Jésus (27,51-54), il y a déjà eu un séisme « seismos ». Le deuxième tremblement au moment de la résurrection souligne l’unité du mystère pascal qui est une seule et même manifestation divine. A la croix le péché du monde est jugé et à la résurrection de Jésus le monde nouveau apparaît.

Sans doute y a-t-il une allusion à Ezéchiel 37 où la résurrection des ossements est précédée par un tremblement de terre.

Chez Zacharie (14,4) et la littérature apocalyptique, un tremblement de terre marquera la fin de l’histoire. Dans le récit de Matthieu, ce tremblement indique que la résurrection de Jésus nous introduit déjà dans les « derniers temps ». Ils sont une anticipation du dernier jour, où Dieu manifestera sa victoire totale sur le péché et sur la mort. 

Mais, attention, ce n’est pas le tremblement de terre qui roule la pierre, mais « l’Ange du Seigneur », c’est à dire Dieu lui-même. Car « l’Ange du Seigneur » représente Dieu dans l’Ancien Testament. Il est comme l’éclair et blanc comme neige, semblable à Jésus lors de sa transfiguration ; on peut alors se demander si cet Ange n’est pas le Seigneur Jésus lui-même ? 

Encore une remarque : Contrairement aux autres évangélistes, Matthieu raconte l’ouverture du tombeau après l’arrivée des femmes. Quand la pierre est roulée le tombeau est déjà vide. Le Seigneur est sorti du tombeau alors qu’il était encore fermé ! Il n’y a plus d’obstacle matériel pour le Ressuscité qui vit sur un autre plan que la réalité spatio-temporelle. 

Parole de confiance (28.4-5)

L’épisode des gardes se trouve dans Matthieu seulement. Le séisme provoque un séisme intérieur chez ces soldats : en effet ils se mettent à « trembler » ; c’est le même mot que pour le tremblement de terre. Quand on a peur on peut soit fuir, soit attaquer, soit être paralysé. C’est cette dernière attitude qu’ils vivent.

L’ange ne s’adresse pas aux soldats. Ceux-ci ne comprennent pas ce qui se passe et ils ont peur, car il n’y a pas de parole de Dieu pour eux. 

Mais l’ange est envoyé aux femmes pour répondre à leur recherche, alors que les gardes sont des mercenaires : ils sont là parce qu’on leur a ordonné d’être là.  Les dispositions du cœur sont essentielles pour recevoir ou non le message de la résurrection. A celui qui le cherche, Dieu se manifeste. (Jean 14,21)

C’est en effet aux femmes que l’ange, puis Jésus disent de ne pas avoir peur : « Soyez sans craintes, vous » ! Ce « vous » est important. Quand Dieu se révèle, c’est pour nous, non pas contre nous. Dieu ne se manifeste pas à quelqu’un pour l’impressionner, mais pour le mettre dans une relation de confiance avec lui. « Soyez sans crainte » revient à quatre reprises dans ce récit.

Quand Dieu se montre, il y a toujours une Parole de réconfort qui donne une interprétation. La parole dit le sens des événements. Pour comprendre le sens de la résurrection, nous avons besoin que l’Esprit saint nous parle, à nous personnellement. 

Urgence de la mission (28,6-7)

Après leur avoir annoncé la grande nouvelle « Il est ressuscité des morts », l’ange leur dit « d’aller vite » annoncer cela aux disciples. La mission est urgente : aller « vite ».  Les femmes sont les premières porteuses de la Bonne Nouvelle. « Elles portèrent la nouvelle » : ces mots sont une synthèse de la prédication apostolique, dont la résurrection de Jésus est le cœur. 

Elles deviennent « apôtres des apôtres ». Comme eux elles ont accompagné Jésus en Galilée, mais avant eux elles reçoivent l’annonce de la résurrection. 

Tous les récits évangéliques parlent des femmes à la résurrection, comme à la croix et à l’ensevelissement de Jésus. « Dans le Seigneur, la femme ne va pas sans l’homme et l’homme sans la femme », dit Paul (1 Cor 11.11). Les récits de la résurrection de Jésus illustrent à merveille cette parole de l’apôtre et indiquent qu’hommes et femmes doivent être les protagonistes de l’action de l’Église.

L’ange dit ensuite aux femmes : « Il vous précède en Galilée ». Les femmes sont renvoyées d’où elles viennent. La Galilée, c’est le quotidien des disciples. C’est dans notre vécu habituel qu’on doit être témoin du Christ. Si Jésus nous précède, cela veut dire qu’il faut le suivre, à commencer dans nos lieux d’habitation. 

Emmanuel, vrai Homme et vrai Dieu (28,8-10)

Après avoir vite quitté le tombeau, les femmes rencontrent Jésus. Celles-ci, dit le texte, « lui saisirent les pieds en se prosternant ». 

Cette apparition est analogue à celle que Jésus a faite à Marie de Magdala (Jean 20,14s). Le Ressuscité se montre aussi naturel et accessible que le Jésus qu’elles ont connu. 

« Elles lui saisirent les pieds ». Ces mots insistent sur la résurrection corporelle de Jésus. Il n’est pas un fantôme, ni un pur esprit, mais il reste un homme juif qui se laisse toucher, même si, mystérieusement, la résurrection l’a introduit dans une autre dimension.

Puis les femmes « se prosternent » devant lui, comme les disciples à la fin de l’Évangile. Ce verbe, dans les Écritures décrit l’adoration qui n’est due qu’à Dieu. En une demi-ligne Matthieu affirme ce que la théologie dira plus tard : le Ressuscité est à la fois vrai Homme et vrai Dieu ! 

Jésus rencontre ces deux femmes qui sont les premières, après la résurrection, à vivre sa parole : « là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mat 18,20). 

Il y aurait encore tant à dire sur ce texte merveilleux. Pour Matthieu l’essentiel est que désormais le Ressuscité est l’Emmanuel, le Dieu-homme qui est à jamais avec nous. Il est proche de nous et nous unit en frères et sœurs. Il nous envoie dans nos propres Galilée pour annoncer et vivre la joie de sa résurrection. Et sa résurrection est une anticipation des derniers temps où Dieu vaincra toute violence et toute mort pour manifester la vie éternelle.

Martin Hoegger