En chemin avec les pèlerins d’Emmaüs

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Il n’a pas été possible de vivre, cette année, la marche sur le « vrai » chemin d’Emmaüs, depuis Jérusalem. Nous l’avons renvoyée à l’année prochaine, du 16 au 23 avril 2023 (voir ….) 

Cependant l’esprit du Chemin d’Emmaüs peut aussi se vivre chez nous !

Avec cette méditation de Martin Hoegger, nous vous invitons donc à une démarche originale que vous pouvez vivre à deux ou à plusieurs. Une communauté peut aussi utiliser cette proposition pour un temps de retraite spirituelle. 

Il s’agit de quatre étapes qui reprennent quatre aspects du récit des pèlerins d’Emmaüs. 

  • Emmaüs, un chemin 
  • Emmaüs, une rencontre
  • Emmaüs, une parole 
  • Emmaüs, un repas 

Ces étapes peuvent aussi se vivre dans le cadre de la démarche « Walk and Pray » (Prie et marche) durant le temps de Pâques. Une application pour téléphone portable a été réalisée à cet effet.  

 

Introduction : l’espérance à l’imparfait

Découragés, deux disciples de Jésus retournent à leur village d’Emmaüs. 

« Nous espérions... », disent-ils à l’étranger qui les rejoint sur leur chemin. C’est tragique quand on parle d'espérance au passé. L’imparfait traduit bien le désespoir, le chemin de deuil sur lequel avancent ces deux disciples : « Nous espérions, mais voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé.»

Ce manque d’espérance, nous le retrouvons partout aujourd’hui.  

En Suisse, les pasteurs de ma génération espéraient que le christianisme pouvait encore se développer. Mais mon Église réformée se rétrécit, peu de jeunes étudient la théologie pour devenir pasteur … 

Nous espérions que nos enfants, avec l’éducation qu’ils ont reçue de nous, puissent transmettre le flambeau de la foi à leurs enfants, mais combien d'entre eux persévèrent ? 

Dans nos propres vies, nous devons parfois faire face à des situations humainement sans issue : un deuil cruel, une maladie incurable, la fin d’une grande amitié, une perte d'emploi, une traîtrise provenant d’un ami, une dépendance, une infidélité désastreuse… 

Et puis le défi actuel de la gestion sanitaire d’un virus imprévisible. Gestion qui suscite un immense débat qui est un autre défi pour l’unité dans les diverses communautés. 

Nous sommes tous, à un moment ou l’autre, sur la piste rocailleuse d'Emmaüs, abattus et sans réponses à nos problèmes. 

Nous continuons à avancer parce qu’il faut bien aller de l’avant, mais le cœur n’y est plus. Notre chemin s’enfonce dans la nuit.

Et comme les disciples d’Emmaüs, nous rentrons à la maison oubliant que lorsque nous chutons, nous ne pouvons tomber que dans les bras du crucifié-ressuscité.

Mais c'est lorsque nous avons l’impression d’être dans une impasse - osons l’espérer - que Dieu veut venir nous rejoindre. 

Et peut-être, justement parce que c’est une impasse, le Seigneur se joint à nous.

 

Quatre chemins pour ranimer l’espérance 

Charles Péguy écrivait au sujet de l’espérance : « Le facile et la pente est de désespérer et c’est la grande tentation ». 

C’est pourquoi il invite à ranimer la « petite fille espérance » :

Comment Jésus s’y prend-il pour rallumer l’espérance ? 

En relisant le récit des disciples d’Emmaüs. Jésus a quatre tactiques : 

  • D’abord il marche sur nos chemins
  • Puis il nous rencontre comme une personne. 
  • Ensuite, il nous fait relire notre passé à la lumière des Écritures.
  • Enfin il nous rencontre à travers la Sainte cène. 

Deux ou trois personnes en chemin à cause de Jésus, et qui sont rencontrées par le Ressuscité. 

Ouvrir les Écritures et rompre le pain ensemble sont les marques indispensables, pour que l’Église soit Église. 

Et cela a aussi une grande signification pour le pèlerinage vers l’unité chrétienne. 

Quatre « sacrements » en quelque sorte : ceux du Chemin et de la Rencontre, ceux de la Parole et de la Cène. Je vous invite à y réfléchir en marchant en 4 étapes 

Je vous propose donc une méditation sur le chemin d’Emmaüs en quatre moments : 

  • Un chemin 
  • Une rencontre
  • Une parole 
  • Un repas 

 

Marche 1 : le chemin

Commençons par le chemin ! 

Emmaüs est un grand texte pour la spiritualité du pèlerinage, où nous marchons ensemble et faisons halte sur le chemin. 

Un chemin sur lequel le Ressuscité nous rejoint à travers sa Parole. 

La vie chrétienne est une marche. Le verbe marcher - poreuomai en grec - est important dans l’évangile de Luc. 

Il exprime en particulier la détermination de Jésus s’avançant vers Jérusalem pour affronter son tragique destin. 

Les disciples marchent mais ils ne savent pas encore qu’ils ne sont pas seuls. 

La répétition de ce verbe dans ce récit n’est pas fortuite. 

La marche représente la vie des humains comme des croyants et elle doit parvenir à un terme, fut-il provisoire.

Ce récit nous présente aussi ce qu’est l’Église au sens profond : une Église en chemin. Une Église « synodale », où nous avançons ensemble (le terme « synode » signifie justement en chemin ensemble) 

 

Question 1 

Quel a été mon chemin ces derniers temps ? Et qu’ai-je vécu avec ceux qui marchent avec moi ?

Marche 2 : la Rencontre 

Emmaüs nous parle aussi de nos difficultés à marcher ensemble. 

Pour désigner la conversation entre les disciples, le texte utilise deux verbes : d’abord « homileo », s’entretenir, converser de manière sérieuse. 

Et « suzeto » qui signifie discuter avec vigueur, se disputer. En chemin les disciples divergeaient d’opinion dans leur interprétation des événements récemment passés à Jérusalem. Bref, ils se disputaient ! 

« Jésus lui-même s’approcha … et fit route avec eux » (v. 15)

L’iconographie antique sur le chemin d’Emmaüs a d’abord retenu la rencontre sur le chemin. Les interprétations eucharistiques sont plus tardives. 

Jésus fait le premier pas, il accueille et s’intéresse aux deux disciples. 

Chacun est digne d’intérêt et d’être écouté.

Emmaüs est un chemin d’accueil où j’accepte de marcher avec l’autre. 

Comment nous accueillir les uns les autres comme le Christ nous a accueillis » ? (Romains 15,7) 

En marchant ensemble nous nous rendons proches les uns des autres. 

Nous apprenons à mieux connaitre l’autre. 

Jésus continue à s’approcher de nous. Il peut venir à travers un ami, un étranger, une rencontre, un événement heureux ou malheureux. Au premier abord, nous ne le reconnaissons pas. Nous le pensions confiné dans nos Églises. Mais il est là, qui nous accompagne sur la route.

Emmaüs est un chemin de rencontre, où nous pouvons ouvrir nos cœurs les uns aux autres. Comment mieux écouter les joies comme les blessures avec les personnes avec qui nous marchons ? 

 

Puis Jésus demande aux disciples : « De quoi parliez-vous, chemin faisant ? » 

Intéressant ! Les premières paroles de Jésus après sa résurrection sont sous la forme d’une question. 

Jésus est maître dans l’art de poser les questions. 

Le propre de l’homme est de poser des questions. S’il n’y a pas de questions, on tourne en rond. Pour avancer, il faut poser des questions. 

Ce texte est une belle « icône » sur le dialogue. Trois hommes en train de dialoguer. 

A leur suite, le chrétien est aujourd’hui appelé au dialogue. 

Dialogue avec des personnes qui ont une autre foi religieuse, et le plus souvent avec des personnes qui n’ont pas de convictions religieuses qui peu à peu deviennent majoritaires en Europe. 

Par le dialogue, Jésus construit une amitié et une confiance avec les disciples en chemin. 

Après avoir écouté l’autre jusqu’au bout, le chrétien est aussi amené à témoigner de l’espérance qui l’habite. Et souvent cela se passe lors de la convivialité d’un repas. 

Ce qui arrive ensuite ne nous appartient pas. C’est le Christ qui peut toucher un cœur et l’enflammer de la conviction qu’il est vivant. 

 

La difficulté de croire

La rencontre entre Jésus et les disciples est d’abord difficile. Elle se passe mal…Mais Jésus ne se décourage pas. Il veut la relation. 

D’abord les disciples expriment leur désapprobation à l’égard de celui qui les interpelle de manière non verbale (v. 17-18). 

Ils ont « l’air sombre ». Le sens de ce mot vacille entre tristesse, sévérité, bouderie, lassitude, mauvaise humeur, trouble, inquiétude. 

Puis la réponse de Cléopas à Jésus est agressive. Je l’imagine en train « d’engueuler » Jésus : « Es-tu le seul qui ne sait pas ce qui s’est passé, ces jours à Jérusalem » ? 

Malgré les témoignages sur le tombeau vide par les femmes et les paroles des anges, les deux disciples n’ont pu croire que Jésus était vraiment ressuscité. 

Voici aussi un grand texte sur le doute et la difficulté de croire. 

Mais pas le seul, car les autres évangiles ne passent pas sous silence le doute des disciples à l’annonce de la résurrection. Tant de personnes doutent aujourd’hui de la réalité historique de la résurrection de Jésus !

Avec les disciples d’Emmaüs, nous marchons avec le grand cortège de douteurs pour qui la résurrection reste une impossibilité. 

 

Questions 2 

Voici quelques questions à méditer et partage en chemin : 

Comment est-ce que je me situe moi-même par rapport à la résurrection de Jésus ? 

Comment suis-je en chemin avec ceux qui ne partagent pas ma foi dans le Ressuscité ?

Quelle initiative est-ce que j’entreprends pour les rejoindre ? 

Comment est-ce que je les accompagne ? 

 

Marche 3 : la Parole 

« Il leur fit l’interprétation de ce qui, dans toutes les Écritures, le concernait » (v. 27)

Emmaüs est surtout un chemin d’Évangile 

Par le dialogue, Jésus a construit une relation avec eux. L’hostilité première des disciples a fait place à l’écoute et au respect. 

C’est alors que Jésus commence à ouvrir les Écritures pour témoigner qui il est en vérité.  

Cela illustre un point important et délicat : la relation entre dialogue et évangélisation. A mon sens il ne faut pas les opposer : ou bien dialoguer, ou bien évangéliser. Mais il faut articuler ces deux moments.

C’est en construisant une relation que je peux témoigner et même interpeller, comme le fait Jésus : « Gens sans intelligence, coeurs lents à croire tout ce qu’ont annoncé les prophètes » !

L’accusation porte non sur le fait de ne pas l’avoir reconnu chemin faisant, ni de n’avoir pas cru les femmes qui ont déclaré l’avoir vu vivant, ni encore de ne pas avoir cru les annonces de sa passion et de sa résurrection. 

Mais l’accusation de Jésus porte sur la lecture des Écritures. Ils n’ont pas compris ce qui le concerne dans les Écritures. Ils sont « sans d’intelligence » et leur « cœur (est) lent à croire ». La lecture des Écritures fait appel à la raison et au cœur. Elle est en même temps intellectuelle et croyante. 

Il ne faut pas opposer la Lectio divina, une lecture spirituelle et croyante des Écritures à la lecture studieuse et académique. 

Une lecture intégrale des Écritures met en œuvre à la fois l’étude et la spiritualité, la recherche académique et l’accueil confiante dans la prière. La foi, de même, a un aspect objectif et un aspect subjectif. 

Ici aussi, il ne faudrait pas opposer les deux, mais l’intelligence de la foi devrait nourrir la confiance du cœur et réciproquement.  

Ce récit nous fait comprendre que la résurrection du Christ est communiquée par la Parole et reçue par la foi.

 

Question 3

Quel est mon rapport avec les Écritures ? Quelle place ont-elles dans mon « intelligence » et dans mon « cœur » ? 

 

Marche 4 : le repas

Ce repas à Emmaüs est le premier de Jésus après sa résurrection. D’autres suivront. Le livre des Actes des Apôtres s’ouvre avec un repas. Et après Pentecôte, c’est par son Esprit que Jésus participe au repas qu’il a institué avant sa passion. 

Il n’est pas difficile de reconnaître dans le geste de la fraction du pain, le geste que Jésus a fait, la nuit où il a été livré. La révélation du Ressuscité aux disciples a un cadre eucharistique.

Après avoir expliqué aux disciples la Parole de Dieu, Jésus se manifeste à eux durant son repas. 

Le lecteur de l’Évangile peut alors s’identifier avec les disciples, car lui aussi a sondé les Écritures et partagé la Cène pour rencontrer le Christ, dans l’intelligence de la foi et la brûlure du cœur. 

Parole et sacrement sont à jamais les deux marques essentielles de la vie des chrétiens. Elles sont au cœur de la vie de l’Église. 

La Cène (ou l’Eucharistie) nous centre à chaque fois sur le cœur de notre foi : Jésus Christ mort pour nous et ressuscité pour nous communiquer sa vie. 

Elle nous permet de comprendre l’Écriture dans la perspective de Pâques, qui est celle, je crois, que Jésus a voulue. 

Plus je participe à la Cène, mieux je comprends que le centre de toute l’Écriture est Jésus crucifié qui s’est donné pour moi afin que je me donne aux autres. Et Jésus qui est ressuscité pour nous afin de vivre parmi nous.  

La Cène nous conduit à mettre chaque passage de la Bible en relation avec lui. C’est le cœur de la démarche de la « lectio divina » (voir plus bas)

Une célébration fréquente de la cène ouvre nos yeux sur le Christ, sans cesse menacés de cataracte spirituelle. 

Ce récit nous fait comprendre que la Cène n’est pas seulement une évocation du dernier repas, mais surtout une rencontre avec Jésus. 

 

Encore un point d’attention !

Arrivés à Emmaüs, « Jésus fit mine d’aller plus loin », dit le récit. Vers où voulait-il aller ? Vers sa maison qui est celle de son Père ! 

Mais il entre dans la maison des disciples et se met à table. Au moment de la fraction du pain, les yeux des disciples s’ouvrent et il disparaît. Pour aller où ? Vers la maison de son Père ! 

A Emmaüs, la présence du Ressuscité auprès des siens, autour de la table où le pain est rompu, ouvre donc sur une disparition tout aussi contraire aux lois de l’existence que son apparition sur la route. 

C’est le paradoxe que nous vivons à chaque Sainte cène : l’Église rassemblée vit une rencontre avec le Ressuscité qui nous entraine vers le Père. 

Si Jésus vient à nous dans la cène, c’est pour aller plus loin : il fait route vers le Père et il nous emmène vers lui. 

En fait tout le chemin terrestre de Jésus est un chemin vers le Père, du Baptême jusqu’à la Passion. Son chemin est un chemin d’exode, de sortie vers son Père - « exodos » - selon le récit de la transfiguration dans l’évangile de Luc. (9,31)

Ce chemin, il l’ouvre pour nous, ses frères et sœurs. Il nous appelle ainsi (frères et sœurs) après sa résurrection, pas avant : « Va dire à mes frères que je m’en vais vers mon Père et votre Père » (Jean 20,17 ; Mat 28,10) 

La présence de Jésus ne peut être ni localisée ni chosifiée. Elle nous est donnée afin de nous conduire vers le Père et pour rencontrer nos frères et sœurs, en nous mettant à leur service et en témoignant que Jésus est ressuscité. 

 

Question 4 

Quelle place de la Sainte Cène ou de l’Eucharistie dans ma vie ? 

 

Réflexion finale : la blessure de la relation

Jacob, dans sa lutte avec l’ange, reçoit une blessure à la hanche qui le fera boiter. A la fin du combat, l’ange lui donne aussi une bénédiction. (Cf. Genèse 32) Blessure et bénédiction : dans toute rencontre, il y a à la fois la promesse d’une bénédiction, mais aussi le risque d’une blessure. Il peut arriver que nous refusions la relation, par peur d’être blessé. Mais alors nous nous isolons et nous mourrons de solitude ou de sécheresse du cœur.

Durant son ministère terrestre, Jésus n’a pas craint d’entrer en relation. Il l’a voulue, l’a cherchée, est allé jusqu’au bout de la relation. Mortellement blessé, il a continué à aimer ceux qui lui faisaient du mal. Jésus, c’est Dieu qui entre par amour dans nos relations, pour les vivre avec nous et recevoir la blessure de la relation.

Avec les disciples sur le chemin d’Emmaüs, il prend à nouveau l’initiative de la relation. Comme d’ailleurs dans tous les autres récits d’apparitions après sa résurrection. 

Le moins qu’on puisse dire est qu’il plutôt fraichement reçu : air sombre des disciples après la question de Jésus. Expression non verbale de leur désapprobation. Agressivité de la réponse de Cléopas. Visiblement ces personnes n’ont pas du tout envie d’entrer en relation. 

Ce sont des attitudes blessantes. Par ces attitudes les disciples se blessent eux-mêmes. Mais Jésus ressuscité ne peut plus être blessé. Il veut la relation et on connaît la suite : la relation qu’il a cherchée débouche sur la joie. 

Dans le récit d’apparition à Jérusalem qui suit le récit des pèlerins d’Emmaüs, nous voyons que Jésus garde les marques des blessures sur ses mains et ses pieds (Luc 24,40).

Après la résurrection, il les montre à ses disciples. Il se met à table avec eux pour manger du poisson. Il les envoie dans le monde pour qu’ils soient ses témoins, en leur donnant l’Esprit. Et finalement il les bénit (24,50). Que signifie pour nous d’être bénis par un Dieu aux mains transpercées ? 

N’est-ce pas pour nous dire que nous n’aurons plus jamais à craindre de rencontrer les autres. Que nous pouvons aller dans tous les endroits avec cette ferme confiance, que si nous recevons une blessure, le Dieu qui a été lui-même blessé sera là pour nous accompagner. 

Être béni par un Dieu qui est entré dans les relations jusqu’à vivre la blessure d’amour dans son corps, ne signifie-t-il pas que le plus important pour nous est de vivre les relations ? 

Toute notre vie est une suite de relations les uns avec les autres. Comme Jésus les a vécues en se donnant aux autres, nous avons à les vivre en cherchant à faire de chaque rencontre un chef d’œuvre. 

Les disciples d’Emmaüs, puis ceux du cénacle de Jérusalem sont dans une grande joie après leur rencontre avec le Ressuscité.  Cette joie va les accompagner durant toute leur vie, même lorsque certains recevront la blessure du martyre. 

C’est cette joie de la présence du Christ au milieu de nous, qui continue dans l’Église. La présence du Ressuscité au milieu de nous est constitutive de la vie de l’Église. 

Elle est source de toutes les vocations aux différents services, aux ministères, à la vie communautaire ; elle renouvelle aussi toutes les structures. Sa présence est une lumière qui nous enveloppe et nous donne la force de réaliser sa volonté et de faire les pas en avant qu’elle nous demande.

Mais pour avoir cette présence du Ressuscité au milieu de nous, il faut une condition : celle de ne pas fuir nos relations, qui comportent toujours le risque de la blessure. 

Si nous avons cette disposition de risquer la relation dans le nom du Christ, c'est-à-dire en étant prêt à donner quelque chose de nous-mêmes aux autres, alors la présence du Christ pourra se rendre manifeste. 

Il agit, appelle et produit le retournement des cœurs. Tant qu’il est là, c’est la fête de Pâques, c’est la vraie Église. L’Église est véritablement Église si Jésus est spirituellement présent, et il ne peut l’être que si, dans la foi et l’amour en lui, nous prenons le risque de la relation. 

 

Excursus 

Qui est l’autre disciple ?

L’évangéliste Luc, selon la tradition orthodoxe !

On peut voir un procédé littéraire : chacun peut s’identifier à cet autre disciple anonyme, comme « le disciple que Jésus aimait » qui se trouve tant à la croix qu’au tombeau vide, modèle du disciple dans l’évangile de Jean. 

Au bout du chemin d’Emmaüs sur lequel j’ai marché à deux reprises dans le cadre de l’initiative JC2033 (https://jc2033.org/fr/news/blog/416-chronique-du-chemin-d-emmaues.html ) à laquelle je collabore, à Nicopolis, se trouve une icône grandeur nature des deux disciples avec Jésus au milieu d’eux. Le visage du disciple anonyme est troué : chacun peut s’y mettre. 

L’autre disciple pourrait être la femme de Cléopas, laquelle se trouvait au pied de la croix de Jésus (Jean 19,25). Un indice dans le texte : « leurs yeux s’ouvrirent ». Où se trouve une notation semblable ? Dans le récit des origines, où l’homme et la femme ouvrent leurs yeux sur leur nudité et se cachent. Dans le Christ ressuscité, l’homme et la femme retrouvent leur vocation à être ensemble témoins de l’Éternel ! 

 

Démarche pratique 

Voici une démarche possible pour les quatre temps de marche. 

  • Lecture du texte de Luc 24 et introduction (10 minutes) sur un des quatre points du récit d’Emmaüs (chemin, rencontre, Parole, repas) 
  • Pendant 20 minutes, chacun marche seul en méditant sur ce point 
  • Puis, pendant 20 minutes, partage à deux sur la méditation personnelle 

Cette démarche peut être répétée quatre fois : les deux premiers points peuvent être pris pour l’aller et le retour. Les deux derniers, le lendemain, par exemple. 

 

Partager nos Emmaüs existentiels.  

Dans le texte, il y a une lente gestation, un long cheminement jusqu’à Emmaüs et un bref retour vers Jérusalem. Au contraire, le chemin de Damas est une fulgurance. Chemins de Damas ou chemins d’Emmaüs ? 

Pourquoi ne pas partager en petit groupe votre « Emmaüs existentiel », selon le modèle du Forum chrétien mondial : dire son itinéraire de foi en petits groupes en sept minutes ? Puis, en un deuxième temps, à donner un écho à ce qui a été vécu. 

Une autre démarche possible est de vivre « Lectio divina » participative, selon la démarche proposée par l’École de la Parole en Suisse romande. 

 

Sur la méthodologie des « itinéraires de foi » du Forum chrétien mondial, voir : https://agck.ch/wp-content/uploads/2021/10/Partage-en-groupes-du-cheminement-de-foi-guide-des-participants.pdf 

Sur la Lectio divina : https://www.la-bible.ch/prestations/brochures-de-lectio-divina/ 

 

Une prière 

Père, 

Béni sois-tu pour Jésus, ton Fils que tu as envoyé pour tracer un chemin d’espérance. 

Il est entré dans nos prisons pour nous libérer. 

Il a pris sur lui nos brisures pour nous guérir. 

Il a aimé jusqu’à l’extrême pour nous réconcilier. 

Par lui nous sommes délivrés de la peur de la mort. 

En lui renaît l’espérance d’un monde nouveau, juste et en paix.

 

Qu'est-ce que Walk’nPray 

Walk'nPray (“Marche et Prie”)  est une initiative de 50 jours (de Pâques à Pentecôte) pour encourager les chrétiens de diverses Églises à descendre dans la rue pour prier pour leur village, quartier et ville.

Walk'nPray a commencé en 2018, avec l’intention de prier dans les rues de Genève pendant 40 jours, de Pâques à l'Ascension 2019. Notre équipe s'est rendu compte que cette vision avait une dimension plus large; nous avons alors invité tous les chrétiens de Genève, quelle que soit leur origine, à se joindre à nous. Cette initiative a pris de l'ampleur, car de nombreux responsables d'Église ont soutenu cette initiative et les rapports des marcheurs sont arrivés.

Dès le départ, la question était de savoir si toutes les rues avaient été visitées. La solution a été de transcrire à la main sur une carte Walk'nPray les promenades enregistrées à l'aide d'une application de suivi d'activité sportive. Cela a permis de nous rendre compte qu’on avait pratiquement marché sur chaque rue.

 

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Genève 2018, jour 39!

La réponse a été remarquable : des chrétiens de tous horizons sont descendus dans les rues de Genève pour prier pour leurs voisins, écoles, magasins et entreprises. Les participants ont partagé leurs expériences et ont été encouragés par un groupe de discussion Facebook. Une célébration à l’aube de Pâques au bord du lac a été un magnifique moment pour commencer la promenade ensemble. D’autres rassemblements informels ont eu lieu.

Lors de la pandémie de Covid-19 de 2020, le projet a été annulé, suite aux restrictions régionales. Pour ce temps de Pâques, alors que celles-ci semblent s’alléger, nous voulons à nouveau proposer Walk’nPray. 

Oui, il est beau de prier “les yeux et les cœurs ouverts” dans les rues de nos villes, quartiers et villages. Que Dieu manifeste son amour, et qu’Il nous donne une espérance pour les jours à venir!

Nous avons développé une application pour smartphone Walk'nPray disponible en téléchargement sur Apple Store et sur Google Play. L'application crée une carte qui se met à jour automatiquement et en temps réel, au fur et à mesure que les participants marchent et prient. Avec cette nouvelle technologie, nous pouvons maintenant vous inviter à participer où que vous soyez dans le monde!

 

Alors, comment puis-je m'impliquer pour ce temps de Pâques?

Walk'nPray se déroule durant le temps de Pâques de cette année (2022). En y participant vous faites l'expérience d'une initiative de prière mondiale unique. Peut-être que l'année prochaine votre procès pourrait devenir une initiative locale avec d'autres églises de votre région.

C'est simple. Téléchargez l'application! Invitez d’autres chrétiens à se joindre à  vous! Marchez et priez ensemble!

Pour en savoir plus, visitez le site Internet www.walknpray.com  

Nous nous réjouissons de lire vos expériences après avoir marché et prié ensemble.